11. Déconstruction, sectes et révolutions

Je voudrais vous parler d’une discussion que j’ai eue avec quelques amis. Lors d’une soirée, nous commentions les effets de mode qui s’emparaient des plus jeunes générations, ainsi que les comportements et les mœurs qui en découlaient. Nous avons aussi constaté avec orgueil que nous y avions échappé, ce qui semblait témoigner d’une certaine maturité intellectuelle en notre faveur.

C’était flatteur que de le croire. Mais la réalité était tout autre : nous étions seulement en train de devenir les « vieux cons » de demain, mais cela nous ne le savions pas encore. Notre assurance, nous la tenions pour preuve de notre propre indépendance intellectuelle. La réalité que nous ne voulions pas voir, c’est que nos certitudes demeuraient le fruit d’un long processus de conditionnement sociocognitif qui nous a confortés dans une vision très particulière du monde, à l’exclusion des autres. C’est elle, et pas autre chose, qui nous distinguait des plus jeunes générations. Notre intelligence n’y était pour rien. Notre esprit critique non plus. Cette précision me semble importante, car l’étendue – souvent méconnue – de notre propre ignorance peut être dangereuse à bien des égards.

Manipulation sectaire

En dépit de leur apparente solidité, nos certitudes sont terriblement fragiles. Elles résultent d’un processus de conditionnement sociocognitif long de plusieurs années, et non de notre propre capacité de compréhension des choses. Il est donc tout à fait possible de « déconstruire » nos croyances, en particulier lorsque celles-ci sont de nature philosophique ou morale, car ces dernières sont subjectives par nature. Les organisations sectaires et les manipulateurs de tout poil le savent et s’en servent. Ils sont passés maîtres dans l’art d’exploiter notre ignorance afin de nous déstabiliser. Ils nous confrontent à la fragilité insoupçonnée de nos propres certitudes afin de les dénigrer, jusqu’à ce que nous y renoncions. De cette façon, toute notre personnalité peut être « déconstruite » morceau par morceau, croyance après croyance, conviction après conviction, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

Ce n’est pas tout, puisqu’on sait que lorsqu’un individu se défait de ses anciennes croyances, son premier réflexe est de s’en chercher d’autres en remplacement, car il est de notre nature que de nous conformer à quelque chose ou à quelqu’un. L’individu se reconstruit alors au contact d’un gourou plus ou moins charismatique, ainsi que de sa communauté d’adeptes.

Les chances d’échapper à ces techniques d’endoctrinement sont extrêmement faibles, surtout si la victime se coupe dans le même temps de ses anciennes relations. C’est tout ce contre quoi mettent en garde les rapports de la mission interministérielle contre les dérives sectaires, car au contraire de ce que l’on imagine parfois, les personnes « fragiles » ne sont pas la seule cible des manipulateurs : n’importe qui peut faire l’objet d’une « déconstruction » cognitive partielle ou totale de sa personnalité, car personne n’est jamais capable de démontrer « par lui-même » – ni seulement de justifier rationnellement – chacune des croyances sur lesquelles sa vie s’est bâtie.

Quelles que soient ses certitudes et leur apparente solidité, l’individu n’est pétri que de croyances incertaines et fragiles

« Ce sont les idées qui mènent le monde », disait Renan. Tout comme lui, je suis convaincu que nos croyances et nos représentations mentales nous gouvernent. Elles conditionnent notre façon d’aimer la vie. Elles déterminent la plupart de nos centres d’intérêt. Il est donc naturel que nos sociétés s’en fassent le reflet. L’histoire le démontre bien. De tous temps, les révolutions se sont préparées dans les esprits avant de se traduire matériellement. Les Lumières françaises ont propagé leur propre vision du monde bien avant 1789. Les socialistes et les libéraux ont influencé la philosophie de nos sociétés modernes avant de les transformer. Les religions ont contribué à déterminer de nombreux principes dont notre civilisation s’inspire toujours.

De nos jours, les militants progressistes se consacrent à modifier nos croyances, dans l’espoir de transformer notre peuple. Par tous les moyens, ceux-ci voudraient contraindre l’Europe à se défaire de son ancien héritage moral, culturel et identitaire. Pour ce faire, les communicants modernes utilisent des méthodes semblables à celles dont font usage les sectes. Ils confrontent notre peuple à ses propres incertitudes : « Qu’est-ce qui vous prouve que votre vision du monde est la bonne ? » nous disent-ils. Et si vous n’êtes pas capable de répondre « par vous-même », alors on vous persuadera d’y renoncer. « Qu’est-ce qui vous prouve que votre vision du couple hétéronormé et monogame est correcte ? Si vous l’ignorez également, alors renoncez-y. Qu’est-ce qui vous prouve qu’une personne avec un pénis est un homme ? Si vous l’ignorez, alors vous devrez renoncer à distinguer les sexes. Qu’est-ce qui vous prouve que votre morale est fondée ? Pensez par vous-mêmes… Renoncez à toutes les croyances que vous n’avez pas élaborées personnellement… Renoncez aux croyances que vous ne savez pas expliquer… Libérez-vous de tout l’héritage de votre civilisation. Déconstruisez-vous, et vous serez heureux, ayez confiance. »

De cette façon, notre culture est progressivement démontée, morceau par morceau, certitude après certitude, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Il va sans dire que ce projet peut être très dangereux, et je crois qu’il incombe à tous ceux qui rêvent de « changer le monde » de mesurer précisément l’impact et les conséquences sociales de toutes les croyances qu’ils rêvent de détruire, au risque de provoquer d’innombrables catastrophes.

Ce chapitre est extrait d’un ouvrage intitulé 01-Tradition : Echapper à la catastrophe sociale, écologique et migratoire.

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